Progrès et progrès technique: dans la Quatrième Partie d’IMIN, consacrée au thème de l’invention, Simondon soutient qu’ « il n’y a pas de progrès assuré tant que la culture, d’une part, et la production d’objets, d’autre part, restent indépendantes l’une de l’autre ; l’objet créé est précisément un élément du réel organisé comme détachable parce qu’il a été produit selon un code contenu dans une culture qui permet de l’utiliser loin du lieu et du temps de sa création » (IMIN, p. 164). Culture et technique doivent donc être liées pour rendre possible un progrès, et la stagnation des « cultures animales » ne signifie pas qu’elles ne seraient pas des cultures, ni même qu’elles ne produiraient pas d’objets — les primates en produisent -, mais elle signifie seulement que cette production d’objets n’est pas « cumulative » (IMIN, p. 163) et fondée sur le caractère détachable de l’objet constitué. Le progrès devient ainsi synonyme de processus d’hominisation perpétué, et se définit comme « le caractère du développement qui intègre en un tout le sens des découvertes successives discontinues et de l’unité stable d’une communauté » (NC, in IPC, p. 267 ou ILFI, p. 515).
Dans MEOT, le progrès proprement technique est pensé en termes de « concrétisation », d’« individualisation » et de « naturalisation » des objets techniques. Ajoutons que les âges tendanciels de la technique (voir sur ce point « Élément/individu/ensemble ») seront redéfinis dans IT, qui découpera en effet l’histoire des techniques de deux façons différentes, dont aucune cependant ne viendra contredire le découpage proposé par la dernière page de l’Introduction à MEOT :
Le premier découpage comporte quatre périodes uniquement parce que la première d’entre elles précède l’artefact et concerne les toutes premières « techniques » au sens de procédés : par exemple, « une technique primitive de chasse comme celle qui consistait à rabattre vers des falaises et effrayer des animaux » (IT, p. 86).